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Accessibilité des transports en commun, un enjeu pour la France

Didier ROUGEYRON
Didier ROUGEYRON
7 min read
22 août 2023
Accessibilité des transports en commun, un enjeu pour la France

La loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, a posé le principe fondateur du droit de tous à accéder à l’ensemble des infrastructures et des services de transport publics. Pourtant, ce défi de l'accessibilité n’a été que trop partiellement atteint. L’ONU, en septembre 2021, a même invité la France à se mettre en conformité avec la Convention internationale des droits des personnes handicapées. Panorama.

On ne respecte pas le texte sur l'accessibilité.

12 millions de Français – soit 17 % de la population – sont atteints par un handicap, que celui-ci soit moteur, sensoriel, cognitif ou mental, tel que reconnu par la loi « handicap » du 11 février 2005. Le Monde indique que le texte qui garantit le principe d'accessibilité pour tous n'est toujours pas respecté.

La déléguée ministérielle à l'accessibilité, Carole Guechi, le reconnaît : « L’accessibilité n’est toujours pas une politique prioritaire pour les collectivités ».

La loi d'orientation des mobilités du 24 décembre 2019 axée ses mesures sur les facilités d'usage de l'accessibilité des réseaux. Elle a prévu des tarifs spéciaux pour les accompagnateurs, la collecte des données d'accessibilité des transports et de la voirie pour informer les voyageurs.

D’après Nicolas Mérille, le conseiller national d’APF France handicap, les villes notamment n'ont pas fait assez : « 77 % des communes n’ont toujours pas établi de registre public d’accessibilité ». Conclusion : les agendas d’accessibilité programmée (Ad'Ap) qui arrivent à terme entre 2024 et 2025 n'ont pas fondamentalement apporté les résultats escomptés en faveur des personnes en situation de handicap. Pourquoi ?

S’intéresser de manière pragmatique aux usages pour une meilleure accessibilité

L’un des principaux freins constatés a été le faible pilotage par les autorités organisatrices des transports des schémas directeurs d’accessibilité. Ainsi que le manque de coordination des multiples acteurs. Ils interviennent dans la mise en accessibilité des services de transport

Le Cerema a réalisé une analyse quantitative et qualitative de 55 dossiers de SD'AP au cours de l'année 2016. L'analyse a été publiée en mai 2017. Certes l’étude ne date pas d’aujourd’hui mais depuis la situation n’a pas évolué dans de notables proportions.

Instrument de politique publique, le Sd’AP (schéma directeur + agenda) est un document de programmation. Il comprend une analyse des actions nécessaires à la mise en accessibilité du service public de transport, le calendrier de réalisation de ces actions ainsi que le plan de financement correspondant. Alors comment s’y prendre ?

« Associer les représentants de tous les types de handicap, sans oublier les personnes à déficience cognitive, psychique ou mentale et élargir la concertation à d’autres publics tels que les représentants de personnes âgées ou de parents d’élèves, est un vrai enjeu pour apporter une réponse adaptée à la diversité des usagers des transports en commun », assure le Cerema.

« PARIS 2024 ÉTAIT UNE CHANCE POUR LES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP. UNE CHANCE POUR L’ACCESSIBILITÉ DES TRANSPORTS EN COMMUN ET DES LIEUX PUBLICS »

Les Jeux Olympiques, vraiment accessibles ?

Événement majeur, les Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024 devaient être inclusifs et exemplaires en matière d’accessibilité universelle. La grande messe universelle du sport en région parisienne en été 2024 accueillera 350 000 visiteurs en situation de handicap. Mais le compte n’y est pas et la question se pose. Faut-il parler de cette ambition au passé ? Alerte, dans une tribune publiée par le journal « Le Monde », Pascale Ribes, présidente d’APF France handicap.

« Paris 2024 était une chance pour les personnes en situation de handicap. Une chance pour l’accessibilité des transports en commun et des lieux publics (…). Ces JO constituent en effet une opportunité exceptionnelle de développement pour la France avec des impacts économiques, sociaux, sociétaux et territoriaux pour toutes et tous ». Mais voilà, déjà les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 courent après leur retard…

Les chiffres liés à l'accessibilité dans l'Hexagone

Le schéma national, qui regroupe les 160 plus grandes gares de France, classées prioritaires, porte la situation en matière d'accessibilité dans l'Hexagone. Or, le dernier bilan à fin 2021 comptabilisait 78 gares accessibles, à la fois pour le bâtiment voyageur et pour la partie des quais.

La SNCF estime qu’à échéance 2025, à la fin des Ad’Ap, elle aura achevé les travaux de 135 gares. Elle projette qu’elle n’atteindra pas les 100 % escomptés avant 2029. Fin 2025, 70% des gares régionales classées comme prioritaires seront accessibles, toutes régions confondues, y compris l'Île-de-France.

C’est à la fois peu et beaucoup, à chacun son angle de vue. « En 7 ans, il y a une vraie ingénierie de l’accessibilité qui s’est développée au sein de la SNCF, de SNCF Réseau et de Gares et connexions en particulier », avançait pour sa part Carole Guechi, au cours d’un entretien publié par le portail de la gazette des communes en février dernier.

Cependant des villes ou métropoles ont pris les affaires en mains. Elles fournissent depuis quelques années un réel effort pour favoriser l’inclusivité des PMR sur leur périmètre. Il s’agit tout d’abord de s’intéresser de manière pragmatique aux usages et en essayant de trouver des réponses adaptées aux besoins et attentes de tous. En voici deux exemples en régions, parmi d’autres.

accessibilité Entre 2009 et 2015, la fréquentation du tramway lyonnais a augmenté de 80 % Crédit photo : Didier Rougeyron

Lyon, 1er prix des villes européennes les plus accessibles

Comme le rappelle lesechos.fr, depuis 2008, le Syndicat de transports de l'agglomération lyonnaise (Sytral) a engagé plus de 100 millions d'euros pour rendre l'intégralité du réseau accessible à tous. La majeure partie des équipements publics de la métropole et en particulier les transports publics permettent l’accès aux PMR. La ville a rendu les bus accessibles aux PMR à 100% et a équipé plus des trois quarts des carrefours de dispositifs sonores pour sécuriser la traversée des personnes mal-voyantes.

Les stations des lignes de métro ont été équipées d'ascenseurs sonorisés et de commandes en relief et en braille dans leur totalité. Le réseau dispose en outre de plus de 120 escaliers mécaniques et plus de 90 ascenseurs. Les quais sont équipés de dalles signalant par un relief la proximité de la voie. Ils sont également dotés de dalles carrées de pré-repérage, permettant aux usagers de se placer face aux portes de la rame.

À l’intérieur, toutes les voitures disposent du fameux avertissement de la fermeture des portes par un signal sonore et par le clignotement d'un voyant lumineux. L'annonce par haut-parleur des prochaines stations traversées et des correspondances renseigne les mal et non-voyants.

La ville consacre un budget annuel de 3 millions d'euros à la configuration des futurs arrêts. Pour ce qui concerne les nouveaux bus, un haut-parleur extérieur se déclenche automatiquement par l'activation de la télécommande de traversée piétonne fournie par la Métropole aux personnes non-voyantes.

La Commission européenne a récompensé Lyon du 1er prix des villes les plus accessibles en 2017. Devant Ljubljana (Slovénie) et la ville de Luxembourg.

Des acteurs diversifiés, une volonté commune pour plus d'accessibilité

Dans la ville voisine de Saint-Etienne, la STAS inclut les acteurs du handicap dans l’amélioration de l’accessibilité. Une nouvelle stratégie, dite « plus inclusive », a été mise en place, afin de mieux appréhender les problématiques liées aux handicaps.

L'opérateur de transport Transdev tisse un lien étroit entre les représentants des associations de personnes handicapées, les instances métropolitaines et les voyageurs porteurs de handicap. Ainsi, non-voyants, sourds, personnes à mobilité réduite partagent et collaborent avec les salariés du réseau.

Tous ont la volonté commune de travailler ensemble sur des solutions de transport durables et efficaces. L’objectif de la démarche est simple : signaler efficacement tout ce qui peut perturber le bon fonctionnement d’un trajet.

Un plan d’action collaboratif pour l'accessibilité

Chaque trimestre, des binômes composés d’un agent de la STAS et d’une personne handicapée visitent le réseau. Ils analysent tous les aspects du voyage accessible. L'audibilité des annonces sonores, lisibilité des affichages, fiabilité de la palette PMR, hauteur ou présence des valideurs, comportement du personnel ou des autres voyageurs.

La STAS et les personnes handicapées volontaires programment des visites de réseau en binôme, des actions de prévention sur le vivre ensemble et la place du handicap au cours d’un voyage pour toute l'année 2023.

Dans l’Hexagone, l'inclusion complète des personnes en situation de handicap est encore loin d'être une réalité. Pour lagazettedescommunes.com, les handicaps mentaux, cognitifs ou psychiques, beaucoup plus répandus que le handicap moteur avec fauteuil roulant, restent même « un angle mort de l’accessibilité ».

Publié le 22 août 2023

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